Lettre d’un skipper à fond de cale à ses équipières et équipiers de fortune


Nous voilà toutes et tous ensemble à naviguer dans un océan dont on découvre les crêtes et les abysses les unes et les uns après les autres pour un voyage, sans fin déterminée, avec une météorologie imprévisible qui distille chaque heure éclaircies et coups de vents

Nos corps, nos esprits sont prisonniers de cet esquif et aussi loin que portent nos yeux il n’y a que cette masse en mouvement, grise teintée de bleu ou de vert et par instant déferlant de mousse blanche nous envoyant en bruine ce gel au gout alcoolisé qui imprègne notre environnement

Nous sommes recluses et reclus pour nous sauver et ne pas mettre en péril la vie des Autres, de nos sœurs et frères qui continuent de tirer des richesses de ces eaux hostiles et nous soignent, nous nourrissent autant de leurs fruits que de leurs espoirs de nous savoir vivants et prêts à poursuivre cette traversée en mer inconnue afin de retrouver un jour ou une nuit la terre ferme

La terre que la plupart d’entre nous atteindront, le sol que nous foulerons dans quelques semaines sera le même et pourtant si différent. Nos premiers pas seront-ils empreints du respect que nous lui devons et de la crainte qu’il devrait maintenant nous inspirer ?

Oublierons-nous ceux qui auront laissé leur fragment de notre histoire collective au fond d’un respirateur ? Le tribut payé par nos mères et nos pères aux formes modernes de dissémination sera lourd, la perte de celles et ceux qui auront tout donné jusqu’à se sacrifier au maintien à flot de notre rafiot sera inacceptable si le jour d’après nous décidons de remonter nos masques de 10 centimètres…

Pour le moment nous devons juste rester à bord et aider à vider les chaloupes des éclaireurs qui recherchent la meilleure voie pour nous sortir de là. De nombreux navires nous accompagnent dans cette traversée, certains nous devancent et prennent les bourrasques les premiers, d’autres sont partis sans voiles et s’ils naviguent encore en eaux calmes, les nuages noirs approchent à l’horizon. Pouvons-nous les laisser seuls en attendant que nous ayons débarqué pour leur passer nos rames ?

Chacun dans sa galère ? Ce serait laisser dans notre sillage le reste de notre humanité, alors donnons à nos éclaireurs un peu de nos muscles pour qu’ils les partagent avec tous ceux qui veulent vivre les yeux, le nez, la bouche, les oreilles et l’esprit grands ouverts !

Habitué au confinement solitaire en course au large, je n’ai jamais navigué sans but, sans objectif, sans ligne d’arrivée et ai toujours été accompagné par des « concurrents ». Ce nouveau défi nous le vivons ensemble, nous le partageons comme les fruits et les virus de notre chère Terre et allons tous et chacune décider pendant les prochaines semaines de ce que nous voulons faire de ce monde

Soyons les actrices et acteurs, les bâtisseurs et bâtisseuses, les aventurières et aventuriers qui feront de notre planète un espace où chacune et chacun trouvera sa place, où chacune et chacun a une place

Moi j’y crois, et vous ?

Le programme,
4 ANNÉES POUR COURIR LE MONDE
Actualités

Le Voilier au Ruban Rouge. Proudly created with Wix.com