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A ne pas faire sans un IMOCA…

April 28, 2019

 

 

  Début décembre alors que nous ramenions « Vers un monde sans sida » de Pointe à Pitre à La Rochelle j’avais préféré faire escale aux Açores et laisser le bateau pour l’hiver à la Marina de Horta afin de ne pas affronter le mauvais temps prévu du coté du Cap Finistère et d’arriver à temps pour la remise des prix de la Route du Rhum lors du Nautique. Et puis c’était la première occasion après 9 passages à proximité en course transatlantique de pouvoir enfin poser les pieds sur une des iles qui émaillent nos parcours au grand large ! (et puis j’étais aussi un peu fatigué sans doute 😊)

 

  Il reste 1300 milles à faire pour terminer le convoyage vers La Rochelle donc 4 à 6 jours de mer en fonction des conditions météo et du dosage de la pression du pied sur la pédale d’accélérateur de cette machine à avaler les milles qu’est un IMOCA (et le but c’est de ne rien casser car pas le temps pour un gros chantier si des sponsors me suivent pour faire la Transat Jacques Vabre cette année)

 

  Retour donc sur l’île de Faial le Vendredi 19 Avril avec une escale imprévue sur Pico et un transfert par ferry pour cause de nuages bloquant notre aéroport d’arrivée… Je passe sur l’oubli de nos bagages à Lisbonne par la compagnie aérienne, ils arriveront finalement le Samedi soir. Faut juste espérer que le retour par la mer soit moins chaotique et qu’on ne touche terre qu’une seule fois !

 

  Nous sommes réceptionnés par Gjalt, hollandais installé sur l’Ile depuis 7 ans après 3 ans de navigation autour du monde et qui a pris (super) soin du bateau pendant son escale de 4 mois et en particulier de son amarrage quand la marina prenait des baffes à 70 nœuds. Il fera parti de l’équipage vers La Rochelle

 

  Je suis accompagné par Yves qui était déjà de la première partie du convoyage et de Colombine qui remplace Pacôme. Quatre à bord est pour moi la bonne taille d’équipage car on n’a que 2 « fat boys » donc 2 couchages simultanés et les quarts doivent se faire au moins à deux pour avoir toujours un œil sur l’autre le principal danger sur nos bateaux restant de se faire emporter par une vague (risque limité sur mon bateau par une super casquette de protection qui couvre une grande partie du cockpit et donc limite notre exposition à la mer)  

 

  Retour sur la préparation du convoyage… seule l’électronique est hors service (ce qui n’est pas très original sur nos bateaux soumis à des conditions extrêmes) après ces mois d’hivernage mais il faut que je m’en occupe et que je trouve le souci car dès que le bateau atteint des vitesses importantes le pilote (et son vérin) est indispensable pour gérer les forces et contraintes sur les safrans. Je me rappelle un vol dans le cockpit lors de la seconde dépression de la Route du Rhum où le bateau était parti en travers sur une vague et que j’avais essayé de le remettre dans l’axe en tirant moi-même sur la barre… je peux vous dire que quand les safrans ont raccroché j’ai traversé le bateau comme un exocet !

 

  Le reste c’est de la préparation normale : installer le J2 (Jib n°2, foc intermédiaire en français – trinquette - mais on est en IMOCA 😊), enlever les protections de la grand-voile contre les UV (en fait des sacs de voiles bien attachés car on n’avait pas le taud qui est resté en France !), vérifier les chariots sur le rail de mât et le gréement en général, faire l’avitaillement… Gjalt a déjà complétement nettoyé la carène, le bateau est plus propre qu’en arrivant aux Açores en Décembre !

 

  Au niveau météo, les dépressions se suivent et s’empilent juste au-dessus de la route et il faudrait s’enquiller dans la queue de la seconde en approche et dont le centre doit remonter vers l’Angleterre Jeudi, nous laissant passer à son sud dans un flux de 30 nœuds faiblissants (les 30 nœuds indiqués sur le fichier sont estimés à 10 mètres de haut, il faut donc augmenter sensiblement la force à 30 mètres de haut où sont perchés les aériens de l’IMOCA)

 

  Je fais tourner le routage du logiciel de météo Squid avec les modèles GFS 25km (USA) et Arpège 56km (Météo France) en calant un départ Dimanche ou Lundi et en mettant un maximum de 28 nœuds de vent fichier afin dans la réalité de ne pas prendre plus de 35 nœuds de vent réel

 

  Les routes proposées avec départ Lundi midi nous font partir au sud de la route directe et remonter Jeudi vers le Cap Finistère dans un flux nord-ouest de 15 à 20 nœuds fichier avec la méchante dépression centrée en entrée de Manche à ce moment là (une autre suit mais aussi assez nord et beaucoup moins creuse). Arrivée Samedi à La Rochelle donc avec de la marge pour les travailleurs du Lundi !

 

  Ça ne se présente donc pas mal avec du vent mais raisonnable et tout en flux de ouest nord-ouest donc grand largue bâbord amure et vitesse moyenne garantie pour 5 jours de mer. Seul point sensible, la mer elle-même car avec ce train de dépressions dont la grosse qui se pointe elle va être (très) bien formée… Cela dit ça ressemble juste à quelques jours d’un Vendée Globe dans les mers du sud mais là en équipage et sans la pression de la course donc juste un bon entrainement…

 

  Il faut maintenant attendre un peu et ne partir que Lundi ce qui nous laisser le Dimanche de libre pour que Gjalt nous fasse visiter l’île si on a fini la préparation Samedi soir… premier challenge (en fait second après le trajet aller rock and roll en avion !) !!

 

  Nous nous réveillons (avec Colombine nous squattons les fat boys du carré quand Yves lui se cale sur un spi dans la soute à voile) dans de petits airs le Samedi 20 Avril et après le petit déj au célèbre Peter’s Café c’est donc avec facilité que nous pouvons procéder à la mise en place du foc J2 qui est positionné sur l’étai fixe et qu’il faut donc envoyer « non roulé » et accrocher en fixe directement par le haut sur l’émerillon

 

  Je profite d’être envoyé dans le mât pour vérifier l’ensemble du gréement y compris les aériens perchés à 30 mètres de haut. Tout à l’air OK (moi à peu près car je n’aime toujours pas faire le guignol pendu à une ficelle à la hauteur d’un immeuble de 10 étages !), pas de trace d’usure non plus sur les bouts et les câbles textiles, les mécaniques des barres de flèches sont aussi OK même si la graisse des articulations est bien figée après 4 mois d’exposition au vent et au soleil

 

  Je peux donc m’atteler maintenant à trouver le bug dans l’électronique… pas de pression mais bon ce serait cool de faire le tour de l’île et de ses volcans demain avant de prendre la mer… !

 

  La bonne nouvelle c’est que le bus 2 (il y a à bord 2 circuits – bus - électroniques indépendants où sont connectés Compas, GPS, Aeriens, AIS, Speedomètre, pilote automatique, afficheurs… le bus 1 est le principal avec le maximum de capteurs connectés, le bus 2 est le circuit de secours en cas de panne du bus 1 avec juste le minimum dont un pilote automatique)  marche et donc on a un pilote de base qui devrait fonctionner, cependant le bus 1 principal est en erreur permanente et il n’y a plus d’affichage de l’aérien ni du compas…

 

  Je déconnecte le calculateur pour voir si c’est lui qui bug mais rien à faire, je continue en déconnectant chaque élément et en redémarrant le bus mais il y a toujours ces erreurs et le bip d’alarme… 

 

  Reste donc à vérifier les connexions des fils qui descendent du mât (aériens, feux et éclairages, radar…). Gjalt avait déjà regardé l’état de la boite de jonction mât/bus et il n’y avait pas d’oxydation visible (j’avais mis dans le bateau un déshumidificateur électrique afin de protéger l’électronique pendant l’hivernage), tout est toujours bien en place… mais bon il faut être systématique et tout bien contrôler avant d’appeler au secours Gilles de TEEM qui est en week-end de Pâques…

 

  J’ouvre donc la boite de Pandore (il y a tellement de fils que j’ai la crainte d’en mettre 3 en court-circuit quand j’en répare un) avec tous ses fils en vrac et à genoux (mais là stable dans le port, presque confortable) avec ma frontale commence par vérifier les fils de connections des aériens et… bonne pioche, je vois un fil de masse qui pendouille avec une sale tête de câble oxydé…  une piste au moins !

 

  … et la bonne car après avoir tout bien dénudé (et c’est relou à faire car la tresse de masse entoure les mini fils électriques) et reconnecté le miracle se produit et tous les afficheurs reviennent ! Les aériens ont finalement « facilement » supporté les 70 nœuds et on va pouvoir naviguer en connaissant force et direction du vent et avec 2 pilotes automatiques en fonction.

 

  La visite de l’île va pouvoir se faire car Colombine, Yves et Gjalt ont assuré le reste de la prépa et de l’avitaillement… même si mauvaise surprise, un chariot de tête de grand-voile est fêlé et il faut le retirer pour vérifier et le remonter dans l’autre sens (après ponçage) pour réduire le risque de casse quand on va naviguer 5 jours bâbord amure (nous avions fait Pointe à Pitre – Horta sur un bord tribord amure).

 

  Dimanche 21 Avril… je ne vais pas vous faire le guide touristique de Faial mais il faut absolument que vous veniez voir ce bout de terre volcanique c’est magnifiquement sauvage et les eaux sont riches et limpides. Etonnant de voir la chaine de volcans qui se développe vers l’ouest et la dorsale médio-atlantique (là c’est l’instant culture sciences de la terre 😊)

 

  Lundi matin au retour du petit déjeuner nous avons une surprise de taille avec l’arrivée d’un voilier de plus de 50 mètres en provenance d’Antigua et à destination de la méditerranée qui s’installe le long du quai et nous bloque la sortie du port !

 

  Nous prenons RV pour 11h (ce qui me laisse le temps de charger une météo avec l’Iridium Openport) afin qu’ils puissent nous aider à sortir du port sans dommages et bien nous en fait car… en effet ça ne passe pas, il manque 20 cm entre ce monstre et le ponton auquel nous sommes amarrés et je n’ai pas envie de rester coincé entre les deux…

 

  Pas d’autre solution pour le super yacht que d’avancer d’une dizaine de mètres pour nous débloquer et de se remettre en place ensuite (fastoche avec des propulseurs dans tous les sens mais bon faudrait pas qu’ils se loupent car on serait broyés en quelques secondes). Mission accomplie à 12h et nous pouvons enfin mettre en action les muscles de l’équipage pour envoyer la grand-voile. Il y a 20 nœuds dans le chenal entre Faial et Pico et comme on va sortie au près on garde 2 ris et on déroule le J3 pour démarrer super cool et essayer de voir des baleines qui pourraient se retrouver sur notre chemin entre Sao Jorge et Pico 

   

  Nous voilà donc partis pour un petit convoyage tranquille sans pression pour ramener mon bel IMOCA de Horta vers son port d’attache de La Rochelle. Pas de pression, juste la nécessité d’arriver au plus tard le Dimanche 28 pour que ceux qui retournent au boulot soit à l’heure Lundi matin…

 

  Les premières 24h sont conformes aux prévisions et nous glissons dans une vingtaine de nœuds de nord-ouest en route plein est pour se caler au sud de la route directe et éviter le gros du vent fort

 

  Le vent commence à monter Mercredi comme prévu et je démarre le Standard C pour disposer d’un système de détresse opérationnel (en plus de la VHF et des 2 balises Cospas Sarsat, pour la sécurité on ne compte pas !). On commence à mettre un peu de nord dans la route pour ne pas avoir à remonter Jeudi soir au largue trop serré sur le cap Finistère dans de la mer formée

 

  En commençant une route directe au nord du DST (dispositif de séparation des trafics, rails obligatoires pour les navires marchands) du Cap Finistère on va rester au minimum à 120° du vent et malgré la bascule du vent nord-ouest, ouest, nord-ouest, la mer qui sera croisée restera portante et ainsi jamais complétement en travers (ce qui serait dangereux si très forte car pourrait rouler le bateau…)

 

  Tout va bien à bord, nous nous relayons avec Colombine pour l’animation musicale en 24/24h, moi c’est les playlist DEEZER en fonction de l’heure et de l’humeur (en général du cool ou du rock) et dans tous les cas ne manquez pas « La Relève » pour découvrir le futur du rap !

 

  Je donne régulièrement des nouvelles par email (via Openport) étant essentiellement tracassé par l’arrivée à La Rochelle car nous allons arriver en mortes eaux (opposée des grandes marées) avec un coefficient de marée de 30 ce qui veut dire pas beaucoup d’eau pour prendre le chenal et rentrer dans le bassin des chalutiers. En fait pas assez d’eau même à pleine marée haute ! Et l’option d’atterrir aux Sables d’Olonne au lieu de La Rochelle est compliquée car il y a la Solo Maitre Coq et donc le ponton principal déjà plein avec près de 50 Figaro 3…

 

  L’équation mathématique est assez simple : à pleine marée haute Samedi et Dimanche la hauteur d’eau sera d’environ 4,60 mètres au-dessus des hauteurs de plus basses mers, c’est-à-dire qu’il faut ajouter 30 cm dans le chenal (donc total 4,90m de fond théorique) en espérant qu’il est bien dragué de sa vase mais il y a un seuil pour rentrer dans le bassin des chalutiers, il est marqué à +30cm et donc ça veut dire 4,30m de fond max théorique pour rentrer dans le bassin… or le tirant d’eau d’un IMOCA est de 4,50 m… donc ça passe pas !!

 

  Il faudrait attendre le Lundi ou même mieux Mardi pour être sûr d’avoir assez d’eau pour rentrer dans le port et en attendant rester au mouillage devant l’île de Ré… mais un IMOCA n’est pas trop fait pour de longs mouillages et ça voudrait dire rester à bord 3 jours à attendre dans le courant d’air de l’île en espérant que le mouillage accroche malgré les inversions de courant toutes les 6 heures… Euh pas trop envie et donc essayons de faire chauffer les neurones…

 

  L’avantage d’avoir avec Gjalt un physicien à bord est que l’on a quelqu’un qui se rappelle sa trigonométrie et a sur sa tablette les tables pour calculer un Sinus… la solution passant par la bascule de la quille pour réduire le tirant d’eau…

 

  Basculer la quille fait gagner en profondeur à condition que le bateau ne gîte (penche) pas en proportion avec la quille et donc l’exercice va consister à voir si on peut basculer la quille de 40° tout en gardant le bateau le plus plat possible. Pour cela on a les ballasts (1 tonne d’eau dans les ballasts centraux) et le matossage c’est-à-dire mettre les voiles et le matériel du bord du coté opposé à la quille au plus large du bateau pour faire contrepoids…

 

  Le calcul théorique en prenant l’axe de rotation de la quille (qui est sous la ligne de flottaison et donc ce qui réduit d’environ 40 cm les 4,5m de distance à prendre pour le calcul de trigo…) permettrait si le bateau est à plat de gagner un mètre de tirant d’eau soit 3,5m restant) mais par contre si il reste une gîte de 10° du bateau il n’y aura que 50 cm de gagnés (reste donc 4m de tirant d’eau). Il faudra donc une gîte maximum de 10° (et ainsi garder une marge - un pied de pilote - de 30 cm) pour rentrer dans le bassin avec la quille à fond sur tribord (en plus il faut que la quille soit de ce côté car le bateau ne peut pas gîter sur bâbord quand on passe sous le pont car le haut du mât risquerait de heurter le pont relevé… )

 

  Bon je suis d’accord ça commence à devenir un peu long et scolaire alors que vous attendez sans doute juste de voir comment on va se faire secouer dans la prochaine dépression !!

 

  En tout cas voilà une solution pour l’arrivée : on attend la marée haute et on remonte le chenal et passe l’écluse avec la quille à 40° et le bateau gîté au max de 10°… restera à confirmer si on y arrive quand on sera sur place…

 

  Nous sommes maintenant mercredi soir, le vent se renforce doucement et l’Iridium Openport bloque toute réception de fichier météo quand il arrive (rarement) à se connecter… ça veut dire que notre dernière météo date de plus de 48h et je n’aime pas trop l’inconnu dans ce domaine mais il faut faire avec. Les copains à terre essayent de m’envoyer des fichiers météo par email mais rien à faire ni par Squid ni par Time Zéro ni par email

 

  En fait dans l’incertitude deux options s’offrent à nous, reprendre du sud pour avoir moins de force du vent mais cela signifie remonter vent de travers ensuite vers le Cap Finistère et la mer dans le travers si elle est très forte ça craint… ou continuer tout droit vers le nord du DST du Cap Finistère et avoir plus de vent et de rafales mais un meilleur angle plus ouvert pour le vent et avec une mer restant bien sur l’arrière…

 

  Privilégiant l’option évitant la mer de travers, je choisis la seconde option car les vagues commencent vraiment à devenir impressionnantes et pour étaler le vent il suffira si besoin de rouler le foc et de continuer sous grand voile à trois ris seule…

 

  Ce qui ne tarde pas à arriver… les 35 nœuds sont établis et il commence à y avoir de belles rafales au-dessus de 40 nœuds. Pour ralentir le bateau dans les rafales et rester dans les 10-15 nœuds de vitesse moyenne nous roulons le J3 (petit foc) ce qui permet d’étaler la première rafale au-dessus de 50 nœuds avec un petit surf à 20 nœuds… la mer devient vraiment très très formée et le spectacle est grandiose toute la journée de Jeudi. Il y a comme plusieurs couches de vagues qui s’empilent avec celle tout en haut qui déferle un peu mais l’angle et la vitesse que nous gardons permet de les garder derrière et celles qui heurtent le coté du bateau s’écoulent au-dessus de la casquette qui nous protège parfaitement    

 

  Avec le minimum de toile que nous portons (et ballasté sur bâbord pour limiter le roulis) nous continuons d’avancer à une douzaine de nœuds de moyenne avec le pilote automatique qui ne fatigue pas et nous remet dans l’axe après chaque vague et de manière sécurisante. On sent bien que les IMOCA sont faits pour ces allures et ce vent (là on est au-dessus des 40 nœuds moyens et avec des rafales, jusqu’à 53 nœuds) dans les mers du sud mais on garde le pieds sur le frein car la mer ici reste croisée et aller plus vite voudrait dire taper fort en rattrapant le clapot et… nous sommes en convoyage

 

  D’ailleurs l’équipage est tranquille et serein, nous dormons bien et mangeons chaud devant ce grand spectacle, les nuages et les grains faisant régulièrement place à de belles éclaircies… la beauté efface l’appréhension devant un telle débauche d’énergie livrée par la nature. Restons humbles et concentrés sur la vitesse pour ne pas subir…

 

  Dans la nuit de Jeudi à Vendredi nous revenons à 35 nœuds de vent moyen et commençons à remettre des focs pour garder de la vitesse pour en particulier le contournement par le nord du DST du Cap Finistère et son trafic soutenu de cargos et pétroliers

 

  Vendredi matin je continue d’essayer de comprendre pourquoi je n’arrive pas à récupérer de fichiers que ce soit directement de Squid ou via email. En fait je crois que je perds le GPS de l’Openport dès que le téléchargement s’initialise. J’ai pourtant coupé la VHF, les autres GPS pour voir s’il y a des interférences mais rien n’y fait… jusqu’à… ce que j’éteigne le Standard C et là… surprise ! … la liaison est stable et je peux enfin récupérer un fichier grib !

 

  C’est l’antenne du Standard C qui perturbe l’Openport qui pourtant doit être distant de 150 cm ! Donc un conseil restez loin de cette antenne car elle crache du rayonnement !!

 

  Je peux donc enfin récupérer un fichier météo grib GFS et Arpege et vois que le centre de la dépression qui était sensé remonter vers la Manche est resté beaucoup plus sud ce qui explique qu’on a pris des nœuds de vent en plus et que la mer a continué d’être poussée très fort   

 

  Il nous reste 300 milles pour arriver à La Rochelle mais il va falloir faire 2 empannages car le vent est trop dans l’axe et il ne reviendra nord-ouest que Samedi matin. Nous prenons donc l’option de faire un contrebord vers le sud Vendredi midi avec pour cible de réempanner vers le nord-est vers 18h pour un dernier bord de 200 milles vers La Rochelle

 

  Le vent descend à 25 nœuds et nous sommes maintenant sous grand-voile à un ris et J1 (grand foc, solent)

 

  Nous nous calons sur une vitesse moyenne de 13 nœuds pour arriver Samedi en fin d’après-midi à La Rochelle afin d’avoir quelques heures pour vérifier nos histoires de bascule de quille et de gîte avant de prendre le chenal à marée haute dans la nuit de Samedi à Dimanche à exactement 1h…

 

  Nous avons l’impression de naviguer dans la pétole avec seulement 25 nœuds de vent et une mer résiduelle de 2 à 3 mètres de haut…

 

  Quand, vers 17h, nous entendons un « petit » bang ! sur la coque puis repérons une gerbe d’eau qui sort dans la trainée du safran bâbord …le temps de rouler le foc pour voir ce qui se passe et tout est redevenu normal, le bateau glisse normalement, sans doute un objet inconnu qui après avoir été coincé a glissé et libéré le safran…

 

  Quelques minutes plus tard, je vais contrôler notre position pour voir à quel moment déclencher l’empannage quand je vois de l’eau (pas mal quelques seaux quand même) sous le vent dans la gouttière qui contient la tuyauterie de ballasts. Le schnorkel (tuyau qui s’enfonce sous la coque du bateau pour faire prise d’eau pour remplir et vider les ballasts, il y en a un sur chaque bord) que j’avais baissé pour bien vidanger le ballast tribord est à moitié remonté et le ballast à moitié rempli…

 

  Je prends alors un seau pour vider l’eau mais le niveau ne baisse pas et je m’aperçois vite que la base du schnorkel est fissurée et que nous faisons pas mal d’eau… Alerte générale de l’équipage et nous mettons en marche la pompe d’assèchement (c’est là qu’on est content de tout avoir bien vérifié, testé…) tout en préparant l’empannage qui permettra de mettre du bon côté (au vent) la fuite et de faire gîter le bateau pour limiter la pression sur la fuite en mettant la quille sur tribord…

 

  Au bout de quelques minutes l’eau est évacuée (pompe et seaux) mais la fuite reste importante et Colombine prend les choses en main en nous faisant une réparation tactique à base de Sika et de fibre de verre afin d’éviter d’avoir à faire une réparation à base de résine qui aurait été un chantier un peu plus compliqué à l’intérieur du bateau sur la tranche… Après mise sous pression du Sika avec du scotch électrique la fuite est quasi résorbée et on peut remettre le bateau à plat et profiter de la dernière ligne « droite » !

 

  La prise d’eau du schnorkel a dû heurter un OFNI ce qui a fendu le plastique au niveau du raccord avec les tuyaux de ballast ce n’est pas de bol et ça ressemble au souci qu’avait eu Thomas lors du dernier Vendée Globe si je me rappelle bien. On verra en plongeant ou en sortant le bateau de l’eau si la pièce est cassée et surtout si il n’y a pas de dommage sur la coque ce qui a priori ne semble pas le cas

 

  Samedi 15h30… nous sommes sous l’île de Ré en face de La Rochelle et mouillons l’ancre afin de préparer le bateau pour son entrée dans le port. J’ai conservé l’eau dans le ballast central bâbord et nous quillons à fond sur tribord. Les focs J1 et J3 sont ramenés sur le pont et stockés sur bâbord avec l’ensemble des autres voiles et divers matériels afin de mettre le maximum de poids pour équilibrer la bascule de quille. A l’intérieur tout est déplacé sur bâbord pour assurer au maximum de contrepoids

 

  Le résultat est convainquant avec 5° de gîte environ et donc nous sommes prêts pour la rentrée au port… l’éclusier du vieux port est confiant aussi donc on va pouvoir y aller… !!

 

  Départ 23h30 du mouillage pour être sûr d’arriver à arracher le mouillage de la vase et d’arriver à l’heure 4 milles plus loin… Nous sommes accompagnés des 2 semi rigides de Pacôme et Xavier au cas où on se retrouverait planté dans la vase…

 

  Pas de souci dans le chenal entre les Minimes et le Vieux Port en respectant scrupuleusement l’alignement des 2 phares qui nous guident et nous approchons de l’entrée du bassin… Tout l’équipage se met sur bâbord ce qui met quasiment le bateau à plat je ralentis au maximum et…………….. Yes ! ça passe sans souci !!

 

  On a validé l’entrée d’un IMOCA dans le bassin des chalutiers avec un coefficient de marée de 30 ! Les lois de la physique étaient avec nous mais bon l’expérience prouve parfois… mais pas là !

 

  C’est enfin l’occasion une fois à quai de sortir un peu du Rhum (avec modération !) embarqué à Pointe à Pitre début Décembre. Il ne restera plus qu’à tout ranger demain…

En petite conclusion… autant je referais sans problème ce convoyage dans les mêmes conditions avec un IMOCA bien préparé comme « Vers un monde sans sida » autant je vous conseillerais d’apprécier un peu plus Horta ou de faire escale au Portugal continental avec un bateau qui n’est pas prévu pour affronter des conditions météo pareilles. Le vent ça se gère toujours mais la mer c’est beaucoup plus compliqué car il faut de la stabilité de barre et de la vitesse pour ne pas subir

 

  Merci à Colombine, Yves et Gjalt, c’était un super moment de mer à vivre ensemble et vive l’IMOCA c’est un bateau fabuleux et ce quelles que soient les conditions !!

 

  Amitiés à tous

  Erik

  Skipper IMOCA « Vers un monde sans sida » en quête urgente de sponsors 😊

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