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ERIK NIGON : " JE N'AI PAS LE DROIT DE FAIRE LES CHOSES SANS SÉRIEUX "

Pour Erik Nigon, cette année de Vendée Globe sera forcément de celles qui marquent une vie. Comme pour tous les candidats à la 9e édition ? Le skipper de "Pour un Monde sans SIDA" a ses particularités. Qu'il explique ici.

Vendée Globe

"Pour un Monde sans SIDA", l’IMOCA d’Erik Nigon est actuellement sorti d’eau, démâté et déquillé. Le chantier de maintenance avance bien sous la houlette de Clément Giraud, candidat malheureux à la Transat Jacques Vabre (son IMOCA avait pris feu quelques jours avant le départ). En échange, Clément participera à The Transat CIC de Brest à Charleston, quand Erik Nigon fera le retour de New York aux Sables d’Olonne. Une répartition des tâches inédite qui a pour objet de ne pas obérer l’avenir.

Erik, cette décision de partager ton bateau avec Clément Giraud est pour le moins originale ?

Erik Nigon : C’est venu d’un coup de cœur. Quand j’ai su ce qui était arrivé à Clément, je lui ai envoyé immédiatement un message de solidarité. Ce qui lui tombait dessus était injuste. Du coup, on s’est rencontré à l’occasion du salon nautique de Paris et nous avons tout de suite eu un excellent contact. Nous avons discuté de nos situations respectives : Clément avait un besoin impératif de disputer une transatlantique, d’une part vis-à-vis des partenaires qu’il a conservés même si le principal a jeté l’éponge, d’autre part pour espérer demander une dérogation à la direction de course si jamais une place restait disponible au départ de l’édition 2020. Pour ma part, je n’étais pas spécialement motivé pour faire The Transat : je dispose de largement assez de milles pour faire partie de la liste des 34 concurrents admis et j’ai déjà couru sur ce parcours en Multi50 en 2016. Cela demeure mon pire souvenir de course au large. L’Atlantique Nord au près, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé.

Pourtant The Transat peut se révéler un test majeur ?

E.N. : Sans aucun doute. Pour être franc, c’est de l’avoir bouclée en 2016 en Multi50 qui m’a convaincu que j’étais apte à faire le Vendée Globe. Je n’avais pas cessé de galérer. Il n’y avait pas une journée sans que je doive effectuer des réparations en route. J’ai dû monter plusieurs fois au mât, bidouiller sans cesse, le tout au près dans du vent fort et de la mer. Après une telle épreuve, je savais que sur un tour du monde, je serais capable de m’en sortir.

Du coup, ce sera la New York – Vendée, en guise de préparation au Vendée Globe ?

E.N. : J’avais vraiment envie de faire cette course. Naviguer sur l’Hudson, passer au pied de la statue de la Liberté, c’est un joli symbole. Remonter le chenal des Sables avant l’heure, c’en est un autre… Et puis l’Atlantique Nord au portant, c’est un petit avant-goût des mers du Sud… même si je sais que l’on n’aura pas les longues houles de l’Indien et du Pacifique.

Il reste que cette démarche de partager son propre bateau n’est pas banale ?

E.N. : Oui et non. C’est quelque chose que j’ai déjà fait quand je naviguais sur le circuit Figaro. J’avais confié la préparation de mon bateau à Oliver Krauss, un garçon extrêmement talentueux, qui avait pu ainsi faire la Transat AG2R. Quant à moi, je récupérais un bateau parfaitement au point. C’est sans doute une démarche atypique, mais elle me convient bien. J’ai mon activité professionnelle qui continue de me mobiliser. Un tel fonctionnement permet de faire profiter de mon bateau à d’autres navigateurs qui resteraient à quai sinon. Il faut juste que la relation de confiance soit établie. Je sais que Clément me laissera un monocoque en bon état (mis à part les incidents de course, évidemment). C’est aussi une manière de sortir de sa petite zone de confort, de devoir échanger.

C’est, de manière générale, ce qui balise votre démarche. Depuis de nombreuses années, vous êtes un acteur engagé…

E.N. : Cela fait quinze ans que je porte les couleurs de l’association Aides qui lutte contre les ravages du SIDA. J’ai eu l’occasion de vivre en Afrique subsaharienne dans les années 80 et j’ai vu l’impact de la maladie. On oublie aujourd’hui que malgré les trithérapies, 800 000 personnes meurent encore chaque année du SIDA. En Europe, on a tendance à l’occulter et les jeunes ont considèrent parfois que la maladie est derrière eux. Mon objet est de les rappeler à la réalité : suivre une trithérapie n’a rien d’anodin et de manière plus générale, j’essaye de faire passer le message qui vise à une bonne santé sexuelle des jeunes. Et cette bataille est loin d’être gagnée.

Pour le Vendée Globe, j’ai la chance que mon employeur, le groupe AXA, m’a détaché sur trois ans pour faire passer le message. Je peux donc partager mon temps entre une aide logistique à l’association Aides et la promotion de cette lutte grâce au Vendée Globe. C’est une sécurité qui me permet d’envisager de partir faire le tour du monde.

Outre ce message à faire passer, il vous faut aussi concilier le projet Vendée Globe avec la vie de famille. N’est-ce pas un peu lourd à porter ?

E.N. : C’était sans doute plus compliqué les années précédentes. Aujourd’hui, mes enfants ont grandi, ils sont autonomes et Fabienne, mon épouse, me soutient totalement. C’est elle qui gère toute la communication de l’opération. Ce qui change avec le Vendée Globe, c’est qu’on tourne sur un programme qui va durer plusieurs mois. C’est autre chose que de traverser l’Atlantique. Je sens bien, que pour la première fois depuis longtemps, mon entourage manifeste une certaine inquiétude : on va dans des coins hostiles et pour de longues semaines. À moi de m’organiser au mieux, d’être au point physiquement, de préparer le bateau de la manière la plus rigoureuse possible. Mes proches m’accompagnent dans mes rêves depuis si longtemps, je n’ai pas le droit de faire les choses sans tout le sérieux qu’une telle aventure demande.

Vous voilà à la barre d’un IMOCA après des années en Multi50. C’est un changement radical…

E.N. : Parfois, il faut savoir faire des choix. Je suis un amoureux du multicoque, mais pour faire un Vendée Globe, ce serait problématique ! Alors je m’adapte, je redécouvre une autre manière de naviguer. Mais après le Vendée Globe, il y a de grandes chances que je revienne au multicoque. En attendant, j’ai un tour du monde à boucler ".


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